Blottis l’un contre l’autre, en position fœtale dans les arbustes dans un blizzard déchaîné, à 11 000 pieds d’altitude, Bob Paré et Greg Davison, âgés respectivement de20 et 16 ans, croyaient qu’ils s’en tireraient.
Mais au matin, Bob a réalisé que son jeune frère était mort, ou sur le point de mourir et qu’il avait de bonnes chances d’y rester lui aussi.
Il a du attendre une autre heure avant l’aube, serrant le corps immobile de son frère contre lui, avant de pouvoir partir à la recherche de secours.
Sa descente pénible du St. Mary's Glacier dans les conditions rigoureuses de l’Arctique, légèrement vêtu, a débuté par un projet d’excursion d’une demi-journée avec son frère, le samedi matin.
Natifs du Colorado, les deux jeunes hommes savaient que les conditions en montagne peuvent changer rapidement, mais ils ne s’attendaient à rien de pire qu’une averse de pluie.
« Trois jours avant juin, nous ne nous attendions sûrement pas à une pareille tempête, » rapporte Bob le jeudi suivant.
Les deux frères ont quitté le début du sentier vers le St. Mary's Glacier, empruntant une boucle qui les mènerait au sommet de la montagne puis vers le glacier, raconte-t-il.
Ils portaient tous les deux un tricot de corps, un T-shirt et un jean. Ils ont emporté des coupe-vent et des chandails en molleton. Leur chien Nikki, un boxer tavelé rouge, les accompagnait.
Environ une heure après le départ, une tempête arctique s’est abattue sur la montagne, engouffrant les frères avec des vents de 97 km/h et les plongeant dans un voile blanc. On pouvait à peine voir à 20 mètres.
« Nous pensions que c’était temporaire, » raconte Bob. « Nous étions déjà sur le chemin du retour alors nous avons continué à descendre. »
Mais ils ont rapidement été désorientés.
Comme il était près de 17 h, les frères on décidé de construire un abris improvisé sur le côté d’une paroi rocheuse incurvée.
Bob a empilé des arbustes et des petits arbres afin de former deux murs. Il a appuyé son jeune frère contre l’un des murs et l’a couvert partiellement avec son corps pour le protéger de la force des rafales.
Nikki s’est couché sur les deux frères et Bob a rabattu les murs improvisés sur eux.
Les deux frères sont demeurés ainsi à une température de moins 11 oC pendant environ 12 heures, frissonnants, en parlant et en essayant de rester éveillés. Aucun des deux n’envisageait la mort comme éventualité.
« Nous n’avions jamais pensé qu’une telle chose pouvait se produire. nous étions optimistes, » ajoute Bob. « Nous avons discuté toute la nuit et ça ne nous est jamais venu à l’esprit. »
Mais au matin, Bob s’est rendu compte que son frère n’allait pas bien.
« Vers 5 h, il a commencé à marmonner comme s’il rêvait. J’ai essayé de le réveiller mais je n’y arrivais pas » affirme Bob. « J’ai réalisé qu’il souffrait de grave hypothermie. »
Comme il faisait encore noir, Bob a du attendre encore une heure avant de partir chercher de l’aide. Il a jeté un dernier coup d’œil à son frère avant de le quitter à 6 h 20.
« Je ne sentais plus son pouls, ses pupilles étaient dilatées et il ne réagissait plus du tout, » dit-il. « Il était mort ou bien près de la fin. »
Bob a essayé d’emmener Nikki pour le guider mais en vain, le chien est retourné se coucher sur Greg.
Bien que la tempête ne se soit guère calmée, Bob croyait à tort pouvoir descendre la montagne facilement.
Souffrant d’hypothermie, ses vêtements glacés collant à sa peau, Bob a dévalé la montagne comme s’il était ivre.
« J’errais dans tous les sens et le vent me faisait tomber sans arrêt, » dit-il. « Je m’assoyais pendant une minute puis je me levais et je repartais. »