Une nuit de printemps

Le S.S. Atlantic a été construit à Belfast par Harland & Wolff en 1870. Il avait un tonnage de 3,707 tonnes fortes, une seule hélice, une machine compound de 4 cylindres et 4 mâts gréés pour la voile. La machine d’une longueur de 128 mètres, d’une largeur de 12 mètres et d’une profondeur de 9 mètres fournissait 600 chevaux-vapeur.

Le navire a quitté Liverpool le 8 juin pour son voyage inaugural vers New York. Le 20 mars 1873, il quittait Liverpool pour son 19e voyage. Il a fait escale à Queenstown pour prendre des passagers puis est reparti vers New York avec 957 personnes à bord (selon le rapport officiel du Canada), dont 833 passagers.

Le 1er avril, l’Atlantic a heurté un rocher et s’est échoué à environ 46 mètres de Meagher's Island, dans le comté d’Halifax en Nouvelle-Écosse. Parmi les passagers se trouvaient plusieurs émigrants norvégiens, en partance de Christiania (Oslo) le 24 mars. Bon nombre d’entre eux ont péri. Des 957 passagers à bord, 545 ont perdu la vie.

Le 31 mars, le capitaine Williams et le troisième officier C. L. Brady sont restés sur le pont jusqu’à minuit. La mer était agitée par cette nuit très sombre. À 2 h la nuit du 1er avril, le navire a frappé une roche sous-marine. Tout juste avant, le quartier-maître Reynalds avait enregistré une vitesse réelle de douze nœuds.

Après avoir heurté la roche, les officiers et l’équipage se sont précipités sur le pont et ont tenté de dégager les dix canots de sauvetage en coupant les cordes avec des haches, mais les canots de sauvetage ont été emportés pendant que le navire coulait et que la mer déferlait sur le pont. Vingt personnes ont été tuées sur le pont lorsque l’étrave du mât de misaine s’est décrochée et s’est retournée. Beaucoup de gens se sont noyés sur le demi-pont lorsque l’entrée a été bloquée par les passagers en panique, essayant de s’échapper.

À peu d’exceptions, les hommes mariés ont refusé de quitter leurs femmes et ont préféré mourir avec elles, bien qu’il ait été possible pour eux de se sauver en grimpant le long du gréement, dont certaines parties sont demeurées à la surface après que le navire ait coulé. Ceux qui le pouvaient ont grimpé et se sont agrippés au gréement. Des signaux de détresse (fusées) ont été tirés à chaque minute, en vain.

Le sommet de la roche, émergeant à la surface, se trouvait à 37 mètres du navire. L’officier Brady et deux quartiers-maîtres ont réussi à atteindre le rivage d’une île à proximité, à l’aide de quatre cordes de 61 mètres. Près de 50 personnes sont parvenues au rivage à l’aide de cordes, mais plusieurs se sont noyées en essayant.

À 6 h, M. Brady a communiqué avec les résidents de l’île et trois bateaux se sont rendus sur les lieux du naufrage. De nombreuses personnes agrippées au gréement et sur la roche ont été secourues. Certaines personnes agrippées au gréement sont mortes de froid; parmi elles, le caissier du navire. L’opération de sauvetage s’est poursuivie jusqu’au milieu du jour. Tous ceux qui étaient toujours en vie ont été secourus, sauf l’officier Firth, toujours agrippé au gréement. On n’a pu le secourir en raison de la mer agitée.

Les journaux de l’époque ont signalé que les officiers du navire étaient les principaux responsables de l’accident. Le quartier-maître Thomas a déclaré au cours de l’enquête qu’il avait prévenu le capitaine en second Metcalf de ne pas s’approcher trop près de la terre ferme, mais ce dernier n’a tenu aucun compte de cette mise en garde. M. Thomas a alors suggéré au 4e lieutenant Brown de monter sur le pont pour assurer une veille, afin d’être en mesure de voir la terre avant de s’échouer. M. Brown a rétorqué que ce n’était pas nécessaire. M. Thomas se trouvait à la barre du gouvernail lorsque la vigie devant le mât s’est écriée : « Glace devant ». Le navire a tout de suite modifié son cap et on a tenté de faire machine arrière, à pleine puissance, mais le navire s’est échoué d’un coup sur la roche.

Les journaux ont spéculé, prétendant que l’accident avait été causé parce que le capitaine et son second avaient confondu le feu de Sambro avec celui de Devil, plus à l’ouest. On y mentionne aussi que lorsque l’Atlantic a appelé Queenstown pour prendre environ 200 passagers, il y a eu de fortes réactions lorsque le navire a quitté l’Angleterre avec un avitaillement insuffisant en charbon. Cependant, les propriétaires du navire à Liverpool allèguent que le navire transportait 996 tonnes de charbon en partance de l’Angleterre, soit 260 tonnes de plus que nécessaire pour la traversée vers New York.

Selon les raports du « Times », le capitaine prétend que l’accident a été causé par des erreurs de calcul quant à la vitesse du navire et les courants. Selon ses calculs, la vitesse était de 11 nœuds par heure, mais il devait aller plus vite, ce qui explique que le navire ait autant dévié de son cap. Le capitaine assure aussi qu’il restait seulement 127 tonnes de charbon le lundi du 31 mars. Il a alors décidé de se rendre à Halifax pour s’avitailler en raison de la tempête qui se préparait. Il déclare qu’à 740 kilomètres de Sandy Hook, il restait 127 tonnes de charbon. On a évalué que le navire arriverait à New York le 1er avril, mais il n’a guère avancé à cause du temps défavorable.

La valeur du navire a été évaluée à £150,000 sterling et le fret à £50,000 sterling. Parmi les noyés se trouvaient environ 200 sujets anglais, 70 Irlandais et un grand nombre de gens de différentes nationalités. Près de 100 femmes et 70 enfants ont péri. Deux d’entre eux sont nés au cours du voyage.

Le capitaine Williams, les officiers Brady et Brown, le médecin du bord ainsi que plusieurs membres de l’équipe des machines comptaient parmi les 250 rescapés, mais les femmes et les enfants sont tous morts. Parmi les passagers de la première cabine, quatre personnes seulement ont été secourues. On a d’abord évalué que 780 personnes s’étaient noyées, se trouvant presque toutes dans leurs couchettes. Le 2 avril, plus de 100 corps avaint été récupérés. On a réalisé plus tard qu’il y avait eu moins de décès qu’on l’avait d’abord cru.

Le 3 avril, une dépêche de Philadelphie a indiqué que 336 survivants avaient été conduits à Halifax, alors que 77 autres étaient montés à bord du S.S. Lady Head. On évalue maintenant le nombre des victimes à 546, avec 413 survivants. Le 3 avril, les survivants d’Halifax ont été transportés à Portland dans le Maine. Le 4 avril, on avait retrouvé 167 corps.

L’Empress of Ireland dans son dernier lieu de repos, au fond du fleuve Saint-Laurent.

Une autre Princess au fond de la mer

Le 3 décembre 1883, le navire Princess Louise s’est échoué au cours d’une tempête. Un capitaine chevronné a tenté d’affronter les horribles conditions météorologiques et il a perdu la bataille contre la mer en furie.

Le lundi matin du 3 décembre 1883, alors que la plupart des gens dormaient confortablement dans leurs lits, le terrible désastre s’est produit.

L’ouragan redoutable, la mer agitée, le grésil et la pluie, la noirceur de la nuit, le câble fixé au remorqueur ont sans doute laissé présager du désastre. Lorsque le câble le reliant au Newfield, qui le remorquait jusqu’à Halifax, s’est rompu à 15 h 30, le Princess Louise s’est retrouvé sans défense, au gré de la tempête. Seuls ceux qui étaient à bord savent ce qu’ils ont vraiment pu ressentir.

Seul et en détresse sur une mer en furie, les dangers de la côte tout prés, le Princess Louise est soudain devenu impossible à manœuvrer. Impuissant, ne répondant plus à son gouvernail, il a dérivé sur les rivages rocheux. Les feux du Newfield faiblissant à distance prouvaient que le capitaine Browne et son équipage devaient avoir le cœur solide et être des hommes bien courageux pour s’aventurer dans de telles conditions et trouver la mort dans une tempête aussi formidable.

À la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie.

 

Le capitaine Browne avait l’habitude des voyages difficiles et des traversées dans la grosse mer mais cette dernière tempête atteignait des sommets. Il a tenu jusqu’au bout et on dit qu’il a donné ses ordres calmement, même lorsque tout espoir de sécurité avait disparu. Il y a quelque chose de tristement pathétique dans le dernier ordre qu’il a donné à ses hommes : « Maintenant mes amis c’est chacun pour soi ». Il y a une certaine impuissance joyeuse dans ces mots, qui doit avoir donné de l’espoir, sinon de la confiance à ses compagnons déjà condamnés. Il est mort à son poste comme un vrai mathurin Britannique, remplissant son devoir jusqu’à la fin, même si ça lui a coûté la vie.

Le voyage du novice condamné

Peu d’histoires sont aussi connues, romancées ou documentées que celle du Titanic. Le premier voyage de cette beauté d’ingénierie a été gâché par une collision avec un iceberg. Muni de trop peu de canots de sauvetage et coulant rapidement dans les eaux glacées, le Titanic n’était pas prêt pour les conditions qui l’ont mené à sa perte.

L’histoire du Titanic commence à Southampton en Angleterre. Après quatre jours passés à embaucher les membres de l’équipage, à charger les fourniture et à procéder aux inspections finales, les passagers ont commencé à embarquer le matin du 10 avril. À midi les remorqueurs tiraient le Titanic en mer libre pour le départ de son premier voyage.

Le Titanic dans son dernier lieu de repos.

Il se dirige vers Cherbourg en France puis vers Queenstown en Irlande pour prendre d’autres passagers.

Le 11 avril 1912 a débuté par une répétition des interventions d’urgence avec la sonnerie d’alarme et une descente graduelle des portes étanches. Avec tous les passagers à bord, l’ancre est levée à 13 h 30 et le Titanic se dirige vers la mer avec 2 227 passagers et membres de l’équipage.

Le bateau se comporte à merveille et il est très stable. Les félicitations des autres navires pleuvent par la radio, avec des avertissements d’icebergs devant.

Pendant les trois prochains jours le temps est beau et la mer est calme. Des avertissements continuent à venir par la radio. À 18 h le 14 avril, la course du Titanic est légèrement déviée vers le sud et la vitesse continue à augmenter. Les avertissements continuent tout au long de la soirée, mais bon nombre d’entre eux ne sont pas transmis au capitaine.

À 22 h, le Californian est arrêté dans la glace dense et lance des avertissements. Le radio du Titanic dit à l’officier du service radiotélégraphique du Californian : « Écartez-vous! Taisez-vous! Vous brouillez mon signal. » Alors le Californian a éteint sa radio pour la nuit.

À 23 h 30 les vigies aperçoivent une légère brume sèche devant et dix minutes plus tard, signalent à la passerelle : « « Gros iceberg droit devant ». Le premier officier commande : « À droite toute ». Toutes les machines sont arrêtées et ordonnées en marche arrière toute puissance. On ordonne de fermer les portes étanches.

Le Titanic tourne à bâbord mais trop tard. Un mâtereau immergé déchire un trou de 91 mètres, ouvrant cinq compartiments de l’avant à la mer. Un rapide examen révèle l’impensable : le Titanic coule. L’appel de détresse est lancé.

Peu après minuit on ordonne de découvrir les canots de sauvetage, mais il y a de la place pour seulement 1 178 personnes si les canots sont remplis à capacité. Des fusées sont lancées.

Wallace Hartley et son orchestre jouent des airs de « ragtime » gais dans le salon de la première classe presque jusqu’à la toute fin. On les a entendu chanter pour la dernière fois : « Nearer, My God, To Thee », une chanson que M. Hartley avait dit qu’il choisirait pour ses funérailles.

Plusieurs navires ont entendu l’appel de détresse et ont changé leur course pour lui venir en aide. Le plus près, le Carpathian, est à 58 milles plus loin. Le Californian peut voir les fusées, mais comme la radio est éteinte pour la nuit, on croit qu’il s’agit d’un tramp et le navire poursuit sa course.

L’avant du Titanic, dans son dernier lieu de repos.

À12 h 25, l’ordre est donné de monter à bord des canots de sauvetage; les femmes et les enfants d’abord. Les canots étaient remplis puis descendus, parfois à la moitié de leur capacité. Le dernier canot a été lancé à 2 h 05, pendant que le Titanic s’inclinait plus à la verticale.

À 2 h 17 la poupe a commencé à s’élever hors de l’eau. Une minute plus tard on a entendu un fort grondement et tout s’est écrasé vers l’avant du navire. Les feux ont clignoté une fois puis se sont éteints. À 2 h 20 le Titanic glissait silencieusement vers le fond de l’océan, à une profondeur de 4 000 mètres.

Deux heures plus tard, le Carpathian a recueilli le premier canot de sauvetage. À 5 h 30. le Californian a appris la nouvelle du désastre et s’est porté à son secours, mais il est arrivé juste au moment où le dernier canot était retiré de l’eau. À 8:50 AM, le Carpathian a mis les voile pour New York avec 705 survivants, laissant les recherches pour trouver d’autres survivants aux autres navires.

La catastrophe du cap de Sable

Le 19 février 1860, au large de la côte du cap de Sable en Nouvelle-Écosse, à bord du S.S. Hungarian, tous ont perdu la vie. Malgré les six canots de sauvetage, pas une seule vie n’a été épargnée à cause des décisions imprudentes du capitaine. On estime qu’il a risqué la vie de son équipage et des passagers et qu’il a perdu. Voici comment s’est déroulée la nuit fatidique.

La perte du S.S. Hungarian, suivant de si près celle de l’Indian, a plongé l’Amérique britannique dans la tristesse. Bien qu’il n’y ait eu aucune certitude à ce sujet, on craint qu’il y ait eu plusieurs pionniers bien connus parmi les passagers. Leurs familles et leurs amis les attendaient avec anxiété. On n’apercevait aucun canot de sauvetage, bien qu’il y en ait eu six très supérieurs à bord et mis à part quelques mâtereaux et une partie des sacs postaux, rien de l’épave ne s’était échoué sur le rivage.

Cap de Sable, Nouvelle-Écosse

Le Steam Ship Hungarian de la Canadian Royal Mail, qui a quitté Liverpool le 8 février, était une perte totale la nuit du 19 février sur la côte de Cape Ledge, le côté ouest du cap de Sable en Nouvelle-Écosse. Jusqu’au 26 février, aucune communication avec les naufragés n’était possible en raison des intempéries. Le temps était très à l’orage au moment du naufrage et aucune assistance ne pouvait être apportée du rivage.

À la pointe du jour le 20 février, un mât était debout et des hommes s’y étaient agrippés mais peu de temps après il s’est renversé. Des morceaux de bois, de petites parties des sacs postaux et les corps d’un homme et d’un enfant ont échoué sur le rivage, mais aucun fragment des canots n’avait été retrouvé. Une dépêche en provenance de Ragged Island, datée du 24 février dernier, au Postmaster-General, affirme que les sacs postaux supplémentaires destinés au Canada et à New York ont été ramassés en toute sécurité mais en mauvais état et qu’il attendait les ordres.

Les derniers renseignements datés du 27 février à Halifax rapportent : « Le Steam Ship Hungarian repose à un mille du rivage, dans douze pieds (quatre mètres) d’eau, il est visible par marée basse. La baie est jonchée de parties du navire et de la cargaison, dont une grande partie a pu être récupérée. »

Le S.S. Hungarian était le plus récent navire à vapeur présent sur la ligne, mis à part le Bohemian. Il était considéré à de nombreux égards comme le meilleur navire, ayant effectué quelques uns des passages les plus rapides. Il était en service depuis environ 18 mois et on évalue que sa valeur se situe entre £40,000 et £50,000.

Les membres de l’équipage étaient au nombre de 80. Le navire est parti le 9 février de Queenstown avec environ 15 cabines, 40 passagers d’entre-pont et une cargaison générale. On évalue de 130 à 140 le nombre total de personnes à bord.

Bien qu’on ignore pourquoi exactement le navire a sombré, il est probable que l’imprudence et le désir de vitesse que de nombreux capitaines imposent à leur équipage, qui motive leurs décisions, en soit la cause. Lorsque le sort de tant de gens dépend d’un seul homme, les choix égoïstes et imprudents sont impardonnables.

L’Empress court à sa perte

Les Canadiens se souviennent du naufrage de la nuit du 30 mai 1914 comme du plus important dans l’histoire du Canada. En quatorze minutes, avec seulement quatre canots de sauvetage à l’eau, de nombreuses personnes agrippées au navire étaient sur le point de mourir dans les eaux glacées. Dans un brouillard dense, l’Empress of Ireland a coulé au fond du fleuve Saint-Laurent suite à une collision avec un navire de charge. L’excès de confiance du capitaine allié au brouillard se sont avérés tragiques. Sans une préparation appropriée pour le voyage, un navire considéré comme sécuritaire et insubmersible s’est rapidement échoué dans le sable au fond du fleuve.

Au début des années 1900 le Canadien Pacifique jouissait d’un immense succès. L‘entreprise était très populaire auprès des voyageurs grâce à sa marque de commerce, la flotte de navires Empress.

L’un de ces navires était l’Empress of Ireland. Avec l’Empress of Britain, ils étaient tous deux entrés en service en 1906 pour le trajet Liverpool-Québec du Canadien Pacifique.

L’Empress of Ireland a été lancé par Mme Alexander Gracie le 27 janvier 1906. Cinq mois plus tard, le 29 juin, le nouveau navire effectuait son premier voyage sur l’Atlantique Nord. Le navire fiable a répondu aux attentes de ses propriétaires. Avec ses 14 191 tonnes et une vitesse commerciale de 17 nœuds, l’Empress of Ireland était parmi les navires les plus gros et les plus rapides sur la voie canadienne.

Tragiquement, comme l’histoire allait le prouver, le souvenir de l’Empress allait être associé à un désatre, tout comme le Titanic, le Lusitania et l’Andrea Doria pour n’en nommer que quelques uns. Le 29 mai 1914, le navire a quitté Québec à 16 h 30 avec 1 477 personnes à bord. Descendant le fleuve Saint-Laurent, sous le commandement du capitaine Henry Kendall, il s’est retrouvé le même soir dans un épais brouillard près de l’embouchure du fleuve. Plus tard dans la nuit du 30 mai, la vigie a signalé un navire arrivant à tribord.

Les règles qui s’appliquent lorsque deux navires se croisent, lorsque la visibilité est mauvaise, sont très simples : lorsqu’ils se trouvent face à face, chacun des navires doit tourner à droite et croiser l’autre vaisseau « port à port ». Si les deux navires font route « tribord à tribord », ils doivent poursuivre à cause du risque de collision.

Alors que les deux navires progressaient au cours de la nuit, le brouillard s’est soudainement épaissi. Le capitaine Kendall a commandé à l’Empress de s’arrêter et de renverser les machines pour donner plus d’espace de manœuvre à l’autre navire arrivant en sens inverse. Il a actionné trois fois le sifflet de l’Empress pour annoncer son intention. Tragiquement, l’équipage du charbonnier norvégien Storstad, avait déjà entrepris une manœuvre port à port. ce qui le plaçait directement sur le passage de l’Empress. Sortant de l’épais brouillard, la coque du Storstad a percuté le côté tribord de l’Empress, entraînant le désastre.

L’Empress avait été enfoncé au-dessus et au-dessous de la ligne de flottaison, juste à l’endroit de la salle des machines qui a été inondée presque tout de suite. L’équipage ne pouvait plus actionner les portes étanches. Le navire était paralysé et dans l’impossibilité de s’échouer. De plus, son alimentation électrique diminuait rapidement et un seul SOS a pu être lancé avant que le courant ne s’arrête complètement.

L’ensemble des événements qui ont suivi la collision se sont produits en l’espace de 14 minutes. L’Empress avait subi une gîte importante à tribord immédiatement après l’impact, qui s’est rapidement aggravée, en partie à cause des hublots ouverts dans la coque du navire. À mesure que le navire sombrait, l’eau s’engouffrait à un rythme effarant.

De nombreux passagers dormant dans leur cabine n’ont eu que le temps de réaliser ce qui se passait avant que tout soit terminé. Un petit nombre, surtout dans les cabines de première classe situées sur les ponts supérieurs, ont réussi à sortir sur le pont, où la situation n’était guère plus brillante.

Dix ou onze minutes après la collision, l’Empress of Ireland s’est renversé violemment sur son côté tribord, projetant des centaines de personnes, y compris le capitaine Kendall, dans les eaux glacées du fleuve Saint-Laurent. Des centaines de personnes s’agrippaient sur le côté du navire, maintenant complètement couché sur le côté dans l’eau. Pendant un court instant, le navire semblait avoir échoué et vouloir demeurer dans cette position. Mais tout d’un coup, la poupe est légèrement sortie de l’eau puis le navire a glissé sous les vagues. Des centaines de personnes se sont retrouvées dans l’eau glacée. Seulement quatre canots de sauvetage avaient réussi à s’échapper du navire en perdition.

À bord de ces canots de sauvetage, l’un des heureux survivants était le capitaine Kendall. Tirant les survivants hors de l’eau, les canots les emmenait au Storstad. Le brouillard était toujours très dense et le capitaine ne connaissait toujours pas le nom ou la nationalité du navire qui avait fait sombrer le sien.

Après plusieurs tentatives de sauvetage, aucun autre survivant n’a pu être retrouvé et le capitaine a abandonné les recherches. Il est retourné au Storstad, gravement endommagé mais toujours à flot.

La partie la plus terrifiante de ce naufrage est un lieu connu sous le nom de « The boneyard ». Il s’agit du dortoir des stewards, contenant les os des 60 stewards qui y dormaient la nuit de la tragédie. Reposant dans une affreuse blocaille, ces os sont un horrible rappel de cette nuit d’enfer du 30 mai 1914.

Le pont du Empress of Ireland.

La dernière photo du Empress of Ireland, prise le 28 mai 1914.

Le majestueux salon de l’Empress of Ireland.

 

Des calculs approximatifs ont mené
une beauté italienne à sa perte

En 1956, le Stolkholm, un navire de 12 000 tonnes est entré en collision avec l’Andrea Doria. Une combinaison de mauvais calculs, d’hypothèses et d’un brouillard intense en est la cause. Des décisions basées sur des hypothèses non fondées plutôt que sur des faits, alliées à un faux sentiment de confiance en la technologie radar ont entraîné une collision qui aurait pu être facilement évitée. Comme l’Andrea Doria a coulé lentement, de nombreux passagers ont pu être sauvés. L’excès de confiance du capitaine en la technologie a été le principal facteur dans ce naufrage.

Dès le milieu des années1950, avec l’explosion de l’après-guerre du nombre de passagers atteignant son point culminant, plus de 50 paquebots empruntaient les couloirs de navigation reliant l’Europe et l’Amérique.

Le navire Andrea Dorea au fond de l’océan.
L’Andrea Doria était muni d’un équipement de pointe en matière de navigation, y compris deux radars. Pourtant, l’Andrea Doria était destiné à devenir le dernier grand navire perdu de l’époque des passagers transatlantiques, qui allait être révolue.

Dans la soirée du 25 juillet1956, deux paquebots convergeaient vers un point au sud-ouest du bateau-feu de Nantucket. L’Andrea Doria, un navire de 212 mètres de longueur, transportant une totalité de 1 706 passagers et membres de l’équipage, presque sa pleine capacité, en était au terme d’un voyage de neuf jours plutôt ensoleillé et sans histoire, de Gênes à New York. Le Stockholm, d’une longueur de 161 mètres et de seulement 12 165 tonnes, l’un des plus petits des nouveaux navires de ligne de l’après-guerre, venait de commencer son voyage de retour vers la Suède. Comme sur la plupart des navires de ligne, c’est la politique habituelle de la ligne suédoise d’avoir un seul officier et deux gens de mer pour tenir chaque quart à la passerelle.

À 22 h 20, l’Andrea Doria arrivait par le travers du bateau-feu de Nantucket et le capitaine Calamai a ordonné une nouvelle course visant directement le bateau-feu d’Ambrose, qui marque l’embouchure du port de New York. Les deux navires approchaient maintenant sur deux courses presque parallèles mais étant toujours hors de portée de leurs radars respectifs, chacun ignorait la présence de l’autre. Pour compliquer les choses, l’Andrea Doria manœuvrait dans le brouillard alors que le Stockholm naviguait par clair de lune. L’officier Carstens-Johannsen n’avait pas la moindre idée du banc de brouillard qui l’attendait un peu plus loin en avant.

Étant donné les circonstances, aucun des deux navires ne faisait preuve d’un maximum de prudence. Bien que l’Andrea Doria se soit trouvé dans un banc de brouillard, le capitaine Calamai n’a réduit sa vitesse que très légèrement.

Le Stockholm aurait dû s’attendre au brouillard sur les eaux du sud de l’île de Nantucket en raison du courant froid du Labrador rencontrant les eaux chaude du Gulf Stream. Le navire se dirigeait aussi vers le nord de la route d’éloignement recommandée, l’un des couloirs de navigation les plus encombrés au monde, sur une course où selon toute probabilité il rencontrerait des navires arrivant en sens inverse.

 Le navire Andrea Doria le jour de son départ.

L’Andrea Doria, dont le radar avait une portée légèrement plus grande que celle du Stockholm, a détecté un navire arrivant en sens inverse vers environ 22 h 45, à une distance d’environ 17 milles marins. Curzio Franchini, le deuxième officier du navire, a alerté le capitaine Calamai et celui-ci a immédiatement demandé le relèvement de l’autre navire. Il se trouvait seulement à quatre degrés de l’avant tribord, en d’autres termes, presque droit devant. Ce renseignement n’a pas semblé inquiéter le capitaine de l’Andrea Doria ni les deux officiers de quart sur la passerelle. Il y avait amplement de temps et de distance pour croiser le navire avec beaucoup d’espace. Ils avaient procédé de cette façon des milliers de fois auparavant avec des milliers d’autres navires. Une seule décision importante devait être prise : croiser le navire à bâbord ou à tribord. Selon l’officier Franchini, le navire qui arrivait continuerait à se diriger légèrement sur la droite, ce qui faisait croire au capitaine Calamai qu’il s’agissait d’un petit caboteur qui tournerait bientôt à droite vers Nantucket.

À bord du Stockholm, on voyait les choses différemment. Un navire avait été détecté à douze milles marins sur le radar, légèrement à bâbord. Agissant selon la procédure habituelle de la ligne suédoise, l’officier a tracé les points de la course du navire à l’aide de deux points radar. Ses calculs terminés, il en a conclu que l’autre navire se trouvait à moins de six milles. Dès qu’il a aperçu l’autre navire sur le radar, l’officier Carstens s’est dit qu’il allait modifier sa course vers tribord afin d’augmenter la largeur de la distance de passage. Après plusieurs minutes il a commencé à se demander pourquoi les feux de l’autre navire n’étaient toujours  pas visibles. Il pouvait voir la lune et la pensée qu’il naviguait vers un banc de brouillard ne lui a jamais effleuré l’esprit.

Les équipages à bord des deux navires se dirigeant l’un vers l’autre, à toute allure, à une vitesse combinée d’environ 40 nœuds, en étaient venus à des conclusions opposées. À bord de l’Andrea Doria, le navire approchant semblait maintenir une position tout juste à l’avant tribord. Selon le radar du Stockholm, l’autre navire semblait clairement se trouver à quelques degrés à bâbord et sur une course parallèle. L’un des radars ou l’un des hommes qui les a consultés était dans l’erreur.

Affiche annonçant le majestueux navire, Andrea Doria.

La confiance du capitaine Calamai dans le radar lui a fait prendre l’une de ses décisions les plus controversées de la nuit. Il a décidé de croiser le navire tribord à tribord. La procédure habituelle lorsque deux navires se croisent en mer est un passage bâbord à bâbord, mais le capitaine de l’Andrea Doria croyait avoir une bonne raison pour faire une exception. L’autre navire était déjà à tribord…du moins le croyait-il. Un passage à bâbord signifierait de passer en travers de la route et de naviguer plus près des eaux côtières plus achalandées. Tenant compte de l’océan vaste et libre à sa gauche, il lui a semblé naturel de rester à bâbord et de se tenir à l’écart. Vers environ 23 h 05, avec l’autre navire à environ 3,5 milles marins plus loin, le capitaine Calamai a ordonné un petit changement de course de quatre degrés à bâbord pour augmenter la distance de passage. Aucun des deux navires ne voyait l’autre, autrement que sur le radar.

Juste au moment où l’Andrea Doria modifiait sa course, les deux navires établissaient un contact visuel. Seulement deux milles les séparaient, une distance périlleusement courte étant donné leurs vitesses combinées. Comme ils convergeaient légèrement en angle, l’Andrea Doria voyait les feux à sa droite et le Stockholm les voyait à sa gauche. Ainsi, la première vue de l’autre navire n’a fait que renforcer les hypothèses erronées sur chaque passerelle : l’autre navire était là où on s’attendait à le voir.

Sur la passerelle du Stockholm, l’officier Carstens lançait un ordre qu’il aurait dû donner bien avant : un virage serré à tribord pour donner au navire plus d’espace de manœuvre.

Malheureusement pour lui, le capitaine Calamai demeurait convaincu que le Stockholm le croiserait en toute sécurité tribord à tribord. Sans le réaliser, l’officier Carstens orientait son navire vers la course de l’Andrea Doria, sans même signaler son virage avec les coups de sifflet habituels. Alors le téléphone de la passerelle a sonné et il s’est retourné pour répondre.

Pendant un bref instant, après avoir replacé le récepteur, le capitaine Calamai ne pouvait en croire ses yeux.

L’autre navire tournait à droite! Alors le feu rouge est apparu, indiquant que le navire montrait son côté bâbord, confirmant le pire. « Il tourne, il tourne! Il se dirige vers nous. »

Les 39 années en mer du capitaine Calamai ont sûrement défilé devant ses yeux l’instant avant de donner l’ordre suivant. Son expérience l’avait-il préparé pour son plus grand test? « Tutto sinistra, »"s’écria-t-il. « Tout à gauche.’ » Mais un navire de ligne énorme, allant presque à pleine vitesse, ne peut tourner à la dernière minute.

À bord du Stockholm, l’officier Carstens détournait son regard du téléphone, croyant toujours que tout allait bien. L’étranger tournait en travers de sa route! Il a tiré de toute ses force sur la poignée du transmetteur d’ordre à « en arrière toute » et a crié à son timonier, « À droite toute! » Il était un peu trop tard.

Quelques minutes avant la collision, le gîte dépassait 20 degrés, un point au-delà duquel le système de compartiments étanches était compromis.

Comme il semblait probable que le navire chavire avant que les secours n’arrivent, le capitaine Calamai a rapidement pris des mesures pour organiser l’évacuation de l’Andrea Doria par canot de sauvetage, mais l’équipage dépêché pour détacher les canots de bâbord ont réalisé que le gîte dépassait maintenant l’angle maximal qui leur permettait de le faire. Une pléthore de canots de sauvetage était maintenant inutile. Chargés à plein, les canots de tribord ne pouvaient transporter que 1 044 des 1 706 personnes à bord. Le souvenir du Titanic explique peut-être pourquoi le capitaine Calamai n’a jamais sonné le signal d’abandon du navire. Il craignait peut-être de déclencher la panique.

Finalement, tous les survivants de la collision initiale avec l’Andrea Doria ont été sauvés. Les premiers canots ont quitté le navire seulement une heure après la collision et transportaient surtout des membres de l’équipage. La classe touriste a dû se débattre à travers l’eau huileuse de la mer pour se rendre en sécurité sur le pont.

Lorsque le capitaine Calamai a finalement décidé de quitter le navire, après maintes protestations, il était 5 h 30.

L’Andrea Doria a finalement chaviré et coulé onze heures après la collision, à 10 h 09 le 26 juillet. Le sort de l’’Andrea aurait pu être bien pire si, comme le craignait le capitaine Calamai, le navire avait coulé rapidement. La tragédie aurait pu prendre des proportions à l’échelle du Titanic.

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